Staline

24ème anniversaire de la Grande Révolution socialiste d'Octobre

(6 novembre 1941, Rapport présenté à la séance solennelle du Soviet des députés es travailleurs de Moscou, élargie aux organisations sociales et du Parti de cette ville )


Camarades,

Vingt-quatre ans ont passé depuis que la Révolution socialiste d'Octobre a triomphé chez nous et que le régime soviétique a été instauré dans notre pays.

Nous voici au seuil de l'année suivante, la 25° année d'existence du régime soviétique.

D'ordinaire, aux séances solennelles consacrées à l'anniversaire de la Révolution d'Octobre, nous établissons le bilan de nos succès dans l'oeuvre de construction pacifique pour l'année écoulée.

Nous avons en effet la possibilité d'établir un tel bilan, puisque nos succès dans ce domaine se multiplient non seulement d'année en année, mais encore de mois en mois. Quels sont ces succès et quel est leur degré d'importance, c'est ce qui est connu de tous, de nos amis comme de nos ennemis.

Mais l'année écoulée n'est pas seulement une année de construction pacifique.

Elle est en même temps celle de la guerre contre les envahisseurs allemands qui ont perfidement attaqué notre pays attaché à la paix.

Ce n'est qu'au cours des six premiers mois de l'année écoulée qu'il nous a été possible de poursuivre notre oeuvre de paix. La seconde moitié de l'année, - plus de quatre mois, - se passe dans les conditions d'une guerre acharnée contre les impérialistes allemands. C'est ainsi que la guerre marque un tournant dans le développement de notre pays pour l'année écoulée.

Elle a sensiblement réduit et, dans certains domaines, complètement arrêté notre oeuvre de construction pacifique. Elle nous a obligés à réorganiser tout notre travail sur le pied de guerre. Elle a fait de notre pays un vaste, un unique arrière au service du front, au service de notre Armée rouge et notre Marine militaire.

La période de construction pacifique a pris fin.

Et voilà que s'est ouverte la période de la guerre libératrice contre les envahisseurs allemands.

Il est donc parfaitement opportun de poser la question du bilan de la guerre pour la seconde moitié de l'année écoulée, plus exactement pour les quatre mois et plus de la seconde moitié de l'année, et d'envisager les tâches que nous nous proposons dans cette guerre libératrice.

LA MARCHE DE LA GUERRE DEPUIS QUATRE MOIS

J'ai déjà dit, dans un de mes discours du début de la guerre, que celle-ci a créé une menace grave pour notre pays, qu'un sérieux danger pèse sur lui, qu'il faut se rendre compte de ce danger, en prendre conscience et réorganiser tout notre travail sur le pied de guerre.

Maintenant, après quatre mois de guerre, je tiens à souligner que ce danger, loin de diminuer, s'est encore aggravé. L'ennemi s'est emparé d'une grande partie de l'Ukraine, de la Biélorussie, de la Moldavie, de la Lituanie, de la Lettonie, de l'Estonie et de différentes autres régions ; il a pénétré dans le bassin du Donetz ; il reste, telle une sombre nuée, suspendu sur Leningrad ; il menace Moscou, notre glorieuse capitale. Les envahisseurs fascistes allemands ravagent notre pays, détruisant les villes et les villages créés par le travail des ouvriers, des paysans et des intellectuels.

Les hordes hitlériennes assassinent et violentent les habitants pacifiques de notre pays, sans épargner femmes, enfants, vieillards. Dans les régions de notre pays envahies par les Allemands, nos frères gémissent sous le joug de l'oppresseur.

Les combattants de notre armée et de notre flotte font couler des flots de sang ennemi en défendant l'honneur et la liberté de la Patrie, en repoussant courageusement les attaques de l'ennemi féroce ; ils offrent des exemples de vaillance et d'héroïsme.

Mais l'ennemi ne recule devant aucun sacrifice, il ne ménage pas le moins du monde le sang de ses soldats; il jette sur le front des détachements toujours nouveaux à la place de ceux qui sont mis hors de combat, et il tend toutes ses forces pour s'emparer de Leningrad et de Moscou avant la venue des froids, car il sait que l'hiver ne lui promet rien de bon.

En quatre mois de guerre nous avons perdu 350 000 hommes tués, 378 000 disparus ; nous comptons 1 020 000 blessés.

Dans le même temps, l'ennemi a perdu plus de 4 millions et demi d'hommes tués, blessés et prisonniers.

Il est hors de doute qu'après quatre mois de guerre l'Allemagne, dont les réserves en hommes s'épuisent déjà, se trouve beaucoup plus affaiblie que l'Union Soviétique, dont les réserves ne font que se déployer maintenant dans toute leur ampleur.

ECHEC DE LA « GUERRE-ECLAIR »

En attaquant notre pays, les envahisseurs fascistes allemands comptaient pouvoir « en finir » à coup sûr avec l'Union Soviétique en un mois et demi ou deux mois, et pousser, dans ce court espace de temps, jusqu'à l'Oural.

Il faut dire que les Allemands ne dissimulaient pas ce plan de victoire-« éclair ».

Au contraire, ils l'exaltaient par tous les moyens. Les faits ont montré cependant toute la légèreté et la fragilité de ce plan-« éclair ».

Maintenant ce plan insensé doit être considéré comme définitivement avorté. (Applaudissements.)

Comment expliquer que la « guerre-éclair », qui a réussi dans l'Ouest européen, n'a pas réussi, a avorté à l'Est ?

Sur quoi comptaient les stratèges fascistes allemands en affirmant qu'ils en auraient fini en deux mois avec l'Union Soviétique et pousseraient, en ce bref délai, jusqu'à l'Oural ?

C'est que, tout d'abord, ils espéraient sérieusement pouvoir créer une coalition générale contre l'URSS, y faire participer la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, après avoir agité devant les milieux dirigeants de ces pays l'épouvantail de la révolution ; ils espéraient ainsi pouvoir isoler entièrement des autres puissances notre pays.

Les Allemands savaient que leur politique consistant à spéculer sur les contradictions entre les classes sociales de certains Etats, et entre ces Etats et le pays des Soviets, avait déjà donné des résultats en France, pays dont les gouvernants, s'étant laissé effrayer par l'épouvantail de la révolution, avaient dans leur frayeur jeté leur patrie aux pieds de Hitler et abandonné la résistance.

Les stratèges fascistes allemands pensaient qu'il en serait de même de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

C'est en somme dans ce but que les fascistes allemands envoyèrent en Angleterre le fameux Hess, lequel devait décider les hommes politiques anglais à se joindre à la croisade générale contre l'URSS5.

Mais les Allemands se sont cruellement trompés. (Applaudissements.)

Malgré les efforts tentés par Hess, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, loin de se joindre à la croisade des envahisseurs fascistes allemands contre l'URSS, se sont trouvés dans le même camp que l'URSS, contre l'Allemagne hitlérienne. L'URSS, loin de se trouver isolée, a acquis de nouveaux alliés : la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, ainsi que les pays occupés par les Allemands.

Il s'est avéré que la politique allemande consistant à spéculer sur les contradictions et à agiter l'épouvantail de la révolution a fait son temps, et n'est plus de mise dans la nouvelle situation.

Bien plus : cette politique est grosse de graves dangers pour les envahisseurs allemands, car dans les nouvelles conditions créées par la guerre elle aboutit à des résultats diamétralement opposés.

Les Allemands comptaient ensuite sur la fragilité du régime soviétique, sur la fragilité de l'arrière soviétique; ils présumaient que dès le premier choc sérieux et les premiers insuccès de l'Armée rouge, des conflits éclateraient entre ouvriers et paysans, les peuples de l'URSS en viendraient aux mains, il y aurait des soulèvements, et le pays se décomposerait en ses éléments constituants, ce qui favoriserait la progression des envahisseurs allemands jusqu'à l'Oural.

Mais là encore les Allemands se sont cruellement trompés.

Les insuccès de l'Armée rouge, loin d'affaiblir, ont renforcé encore l'union des ouvriers et des paysans, ainsi que l'amitié des peuples de l'URSS. (Applaudissements.)

Bien plus, ils ont fait de la famille des peuples de l'URSS un camp unique, indestructible, qui soutient avec abnégation son Armée et sa Flotte rouges.

Jamais encore l'arrière soviétique n'a été aussi solide qu'à présent. (Vifs applaudissements.) Il est fort probable que tout autre Etat, avec des pertes de territoires comme celles que nous avons subies jusqu'à présent, n'aurait pas résisté à l'épreuve et aurait périclité.

Si le régime soviétique a supporté avec cette facilité l'épreuve et renforcé encore plus son arrière, c'est que le régime soviétique est, à l'heure actuelle, le régime le plus solide. (Vifs applaudissements.)

Les envahisseurs allemands comptaient enfin sur la faiblesse de l'Armée et de la Flotte rouges ; ils présumaient que l'armée et la flotte allemande réussiraient, dès le premier choc, à culbuter et à disperser notre armée et notre flotte, à s'ouvrir la route pour pénétrer sans obstacle dans l'intérieur de notre pays.

Mais là encore les Allemands se sont cruellement trompés, car ils surestimaient leurs forces et sous-estimaient celles de notre armée et de notre flotte.

Certes, notre armée et notre flotte sont encore jeunes, elles ne combattent que depuis quatre mois; elles n'ont pas encore eu le temps de s'aguerrir, alors qu'elles ont devant elles la flotte et l'armée allemande qui, rompues à ce métier, font la guerre depuis deux ans déjà.

Mais d'abord, le moral de notre armée est supérieur à celui de l'armée allemande, car elle défend sa Patrie contre les envahisseurs étrangers et croit en la justice de sa cause, alors que l'armée allemande mène une guerre de conquêtes et met au pillage un pays étranger ; elle ne peut avoir foi, même un instant, en la justice de sa cause ignominieuse.

Il est hors de doute que l'idée de la défense de la Patrie, au nom de laquelle nos hommes combattent, doit donner naissance et donne effectivement naissance dans notre armée à des héros qui cimentent l'Armée rouge, alors que l'idée de conquête et de spoliation d'un pays étranger, au nom de quoi les Allemands font la guerre, doit donner naissance et donne effectivement naissance dans l'armée allemande à des pillards de profession dépourvus de tout principe moral, qui désagrègent l'armée allemande.

En second lieu, en progressant vers l'intérieur de notre pays, l'armée allemande s'éloigne de son arrière allemand, elle est obligée d'opérer dans une ambiance hostile, de se créer en pays étranger un nouvel arrière que désagrègent d'ailleurs nos partisans, ce qui désorganise à fond le ravitaillement de l'armée allemande, lui fait craindre son arrière et tue en elle sa foi en la stabilité de sa situation. Cependant que notre armée opère dans son propre milieu, jouit de l'appui incessant de son arrière, est pourvue régulièrement en hommes, munitions, vivres, et a une ferme confiance dans son arrière.

Voilà pourquoi notre armée s'est trouvée plus forte que ne le pensaient les Allemands, et l'armée allemande plus faible que ne le laissait présumer le battage soulevé par les envahisseurs fascistes. La défense de Leningrad et de Moscou, au cours de laquelle nos divisions ont exterminé récemment une trentaine de divisions régulières allemandes, témoigne que dans le feu de la guerre pour le salut de la Patrie se forgent et se sont déjà forgés de nouveaux combattants et commandants, pilotes, artilleurs, servants de mortiers, hommes de chars, fantassins et marins soviétiques qui, demain, seront la terreur de l'armée allemande. (Vifs applaudissements.)

Nul doute que toutes ces circonstances prises ensemble n'aient déterminé d'avance l'échec inévitable de la « guerre-éclair » à l'Est.

CAUSES DES ECHECS TEMPORAIRES DE NOTRE ARMEE

Tout cela est exact, évidemment.

Mais ce qui l'est aussi, c'est qu'à côté de ces conditions favorables il existe encore pour l'Armée rouge des conditions défavorables qui font que notre armée essuie des échecs temporaires, est obligée de reculer, d'abandonner à l'ennemi certaines régions de notre pays.

Quelles sont ces conditions défavorables ?

Où chercher les causes des échecs militaires temporaires de l'Armée rouge ?

Une des causes des échecs de l'Armée rouge, c'est l'absence d'un deuxième front en Europe contre les troupes fascistes allemandes.

En effet, il n'existe point à l'heure actuelle, sur le continent européen, d'armée de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis menant la guerre contre les troupes fascistes allemandes.

Ce qui fait que les Allemands n'ont pas besoin de fragmenter leurs forces et de faire la guerre sur deux fronts, à l'ouest et à l'est.

Et c'est ainsi que les Allemands, estimant que leur arrière est assuré à l'ouest, peuvent lancer contre notre pays toutes leurs troupes et celles de leurs alliés en Europe. La situation présente est telle que notre pays mène seul la guerre libératrice sans l'aide militaire de qui que ce soit, contre les forces coalisées des Allemands, Finlandais, Roumains, Italiens et Hongrois.

Les Allemands se prévalent de leurs succès temporaires, et sans mesure ils chantent louange à leur armée en affirmant qu'elle peut toujours venir à bout de l'Armée rouge dans des combats livrés seule à seule. Or ces affirmations des Allemands ne sont que pure vantardise, car on ne comprend plus alors pourquoi les Allemands ont recours à l'aide des Finlandais, des Roumains, des Italiens, des Hongrois, contre l'Armée rouge qui combat exclusivement avec ses propres forces, sans une aide militaire du dehors.

Nul doute que l'absence d'un deuxième front en Europe contre les Allemands n'allège considérablement la situation de l'armée allemande.

On ne saurait douter non plus que la formation d'un deuxième front sur le continent européen, - et il doit absolument se former à bref délai (vifs applaudissements), - allégera sensiblement la situation de notre armée au détriment de l'armée allemande.

Une autre cause des échecs temporaires de notre armée, c'est le manque de chars et, en partie, le manque d'avions.

Dans la guerre actuelle, il est très difficile à l'infanterie de combattre sans chars et sans être suffisamment appuyée par l'aviation.

Par sa qualité, notre aviation est supérieure à l'aviation allemande, et nos glorieux pilotes ont acquis la renommée de combattants intrépides. (Applaudissements.) Mais pour le moment nous avons moins d'avions que les Allemands. La qualité de nos chars est supérieure à celle des chars allemands, et nos glorieux hommes de chars et artilleurs ont plus d'une fois mis en déroute les troupes allemandes tant vantées, avec leurs nombreux chars de combat. (Applaudissements.)

Cependant la quantité de chars que nous possédons est de beaucoup inférieure à celle des Allemands.

Là est le secret des succès temporaires de l'armée allemande. On ne peut pas dire que notre industrie des chars travaille mal et en livre peu à notre front. Non, elle travaille très bien et fabrique quantité de chars excellents.

Mais les Allemands en produisent beaucoup plus, car à l'heure actuelle ils disposent non seulement de leur propre industrie de chars, mais de celle de la Tchécoslovaquie, de la Belgique, de la Hollande, de la France.

Autrement, l'Armée rouge aurait depuis longtemps écrasé l'armée allemande, qui ne va au combat qu'appuyée par des chars et ne résiste pas au choc de nos unités quand elle n'a pas la supériorité en chars. (Applaudissements.)

Il n'est qu'un seul moyen de réduire à néant la supériorité des Allemands en chars et d'améliorer ainsi, foncièrement, la situation de notre armée. Ce moyen consiste à pousser à fond dans notre pays non seulement la production des chars, mais aussi celle des avions antichars, des fusils et canons, des grenades et mortiers antichars ; à creuser le maximum de fossés et à dresser toutes sortes d'autres obstacles antichars.

Là est notre tâche aujourd'hui.

Cette tâche, nous pouvons et devons l'accomplir à tout prix !

CE QUE SONT LES « NATIONAUX-SOCIALISTES »

D'ordinaire on donne chez nous aux envahisseurs allemands, c'est-à-dire aux hitlériens, le nom de fascistes. Les hitlériens, à ce qu'il paraît, estiment que cela n'est pas juste et ils persistent à s'intituler « nationaux-socialistes ».

Ainsi les Allemands veulent nous faire croire que le parti des hitlériens, le parti des envahisseurs allemands, qui pille l'Europe et a organisé une agression scélérate contre notre Etat socialiste, serait un parti socialiste. La chose est-elle possible ?

Que peut-il y avoir de commun entre le socialisme et les féroces envahisseurs hitlériens qui dépouillent et oppriment les peuples d'Europe ?

Les hitlériens peuvent-ils être considérés comme des nationalistes ?

Non, bien sûr. En réalité, les hitlériens ne sont pas à présent des nationalistes, mais des impérialistes.

Tant que les hitlériens s'occupaient de rassembler les terres allemandes et de réunir à leur pays la Rhénanie, l'Autriche, etc., on pouvait les regarder avec certaine raison comme des nationalistes. Mais depuis qu'ils se sont emparés des territoires d'autrui et ont asservi des nations européennes : Tchèques, Slovaques, Polonais, Norvégiens, Danois, Hollandais, Belges, Français, Serbes, Grecs, Ukrainiens, Biélorussiens, Baltes et autres, et qu'ils visent à la domination mondiale, le parti hitlérien a cessé d'être un parti nationaliste, car dès ce moment-là il est devenu un parti impérialiste, un parti d'envahisseurs et d'oppresseurs.

Le parti des hitlériens est un parti d'impérialistes, d'impérialistes les plus rapaces, les plus spoliateurs entre tous les impérialistes du monde.

Peut-on considérer les hitlériens comme des socialistes ?

Non, bien sûr. En réalité, les hitlériens sont les ennemis jurés du socialisme, les pires ultra-réactionnaires, qui ont ravi à la classe ouvrière et aux peuples de l'Europe les libertés démocratiques élémentaires.

Pour masquer leur nature ultra-réactionnaire, les hitlériens traitent le régime intérieur anglo-américain de régime ploutocratique. Mais en Angleterre et aux Etats-Unis, il existe des syndicats d'ouvriers et d'employés, il existe des partis ouvriers, il existe un parlement ; tandis qu'en Allemagne toutes ces institutions ont été supprimées sous le régime hitlérien. Il suffit de mettre en parallèle ces deux séries de faits pour comprendre la nature réactionnaire du régime hitlérien et toute la fausseté des bavardages des fascistes allemands sur le régime ploutocratique anglo-américain.

Dans le fond, le régime hitlérien a été calqué sur le régime réactionnaire de la Russie des tsars.

On sait que les hitlériens foulent aux pieds les droits des ouvriers, les droits des intellectuels et les droits des peuples, aussi volontiers que le faisait le régime tsariste ; qu'ils se livrent à des pogroms moyenâgeux contre les Juifs, aussi volontiers que le faisait le régime tsariste.

Le parti des hitlériens est le parti des ennemis des libertés démocratiques, le parti de la réaction moyenâgeuse et des pogroms du plus sombre fanatisme.

Et si ces impérialistes déchaînés et ces pires réactionnaires continuent à se draper dans la toge de « nationalistes » et de « socialistes », ils le font pour tromper le peuple, abuser les naïfs et couvrir du drapeau du « nationalisme » et du « socialisme » leur nature de brigands impérialistes.

Des corbeaux qui se parent des plumes du paon...

Mais ces corbeaux peuvent se parer des plumes du paon, ils n'en resteront pas moins des corbeaux.

« Il faut tout mettre en oeuvre, dit Hitler, pour que le monde soit conquis par les Allemands.
Si nous voulons fonder notre grand empire germanique, nous devons avant tout chasser et exterminer les peuples slaves : Russes, Polonais, Tchèques, Slovaques, Bulgares, Ukrainiens, Biélorussiens.

Il n'y a aucune raison de ne pas le faire. »

« L'homme, dit Hitler, pèche de naissance, on ne peut le gouverner que par la force.
Tous les moyens sont permis avec lui. Lorsque la politique l'exige, il faut mentir, trahir et même tuer. »

« Tuez, dit Goering, tous ceux qui sont contre nous ; tuez, tuez, ce n'est pas vous qui en portez la responsabilité, c'est moi, donc tuez ! »

« J'affranchis l'homme, dit Hitler, de cette chimère humiliante que l'on nomme conscience.
La conscience comme l'instruction estropie l'homme.
J'ai cet avantage de n'être retenu par aucune considération d'ordre théorique ou moral. »

Dans un ordre du commandement allemand adressé au 489e régiment d'infanterie, en date du 25 septembre, ordre qui a été trouvé sur un sous-officier allemand tué, il est dit :

« J'ordonne d'ouvrir le feu sur tout Russe dès qu'il paraîtra à une distance de 600 mètres. Le Russe doit savoir qu'il a contre lui un ennemi résolu, dont il ne peut attendre aucune indulgence. »

Dans un des appels adressés par le commandement allemand aux soldats et trouvé sur un tué, le lieutenant Gustav Ziegel, de Francfort-sur-le-Main, il est dit :

« Tu n'as ni coeur, ni nerfs, - à la guerre ils sont inutiles.
Etouffe en toi la pitié et la compassion, tue tout Russe, tout Soviétique, ne t'arrête pas si tu es en présence d'un vieillard ou d'une femme, d'une fillette ou d'un petit garçon, - tue, c'est ainsi que tu auras la vie sauve, que tu assureras l'avenir de ta famille et acquerras une gloire éternelle. »

Tels sont le programme et les directives des leaders du parti hitlérien et du commandement hitlérien, programme et directives d'hommes qui ont perdu toute face humaine et sont tombés au rang des bêtes féroces.

Et ces gens sans conscience ni honneur, ces gens à morale de bête fauve, ont l'impudence d'appeler à exterminer la grande nation russe, la nation de Plékhanov et de Lénine, de Bélinski et de Tchernychevski de Pouchkine et de Tolstoï, de Glinka et de Tchaïkovski, de Gorki et de Tchékhov, de Sétchénov et de Pavlov, de Répine et de Sourikov, de Souvorov et de Koutouzov !...

[Plékhanov (G.-V.), 1856-1918. Militant en vue du mouvement socialiste russe et international, philosophe russe éminent et propagandiste du marxisme. Se retrouva dans le camp des ennemis de la révolution socialiste.

Bélinski (V.-G.), 1811-1848. Grand démocrate révolutionnaire russe, critique littéraire et philosophe. Son activité a eu un effet considérable dans la lutte libératrice du peuple russe contre le tsarisme et le servage dans les années 1830-1840.

Tchernichevski (N.-G.), 1828-1889. Grand démocrate révolutionnaire russe, penseur, savant, écrivain et critique littéraire. Auteur du célèbre roman Que faire ?

Pouchkine (A.-S.), 1799-1837. Grand poète russe, fondateur de la nouvelle littérature russe, fixant avec ses oeuvres les normes de la langue russe littéraire.

Tolstoï (L.-N.), 1828-1910. Auteur de Guerre et Paix, Anna Karénine, Résurrection, etc.

Glinka (M.-L), 1804-1857. Grand compositeur russe, créateur de la musique classique russe. Il fut à la musique russe ce que Pouchkine fut à la littérature russe.

Tchaikovski (P.-I.) 1840-1893. Grand compositeur russe.

Gorki (M.), 1868-1936. Grand écrivain russe, fondateur de la littérature de réalisme socialiste, fondateur de la littérature soviétique.

Tchékhov (A.-T.), 1860-1904. Grand écrivain russe, auteur de contes, de nouvelles et de pièces de théâtre.

Sétchénov (I.-M.), 1829-1905. Physiologiste célèbre, un des plus grands naturalistes, savants et penseurs russes.

Pavlov (I.-P.), 1849-1936. Grand savant physiologiste russe, créateur de l'étude matérialiste sur l'activité nerveuse supérieure des animaux et de l'homme.

Répine (I.-E.), 1844-1930. Grand peintre russe, )représentant éminent de l'art russe réaliste démocratique.

Sourikov (V.-L), 1848-1916. Grand peintre russe, représentant du réalisme dans la peinture historique. Membre, comme Répine, des « Ambulants » (société de peinture au XIXe et au début du XXe siècle).

Souvorov (A.-V.), 1730-1800. Stratège russe, général, un des fondateurs de l'art militaire russe d'avant-garde.

Koutouzov (M.-L). Stratège, général, un des fondateurs de l'art militaire russe d'avant-garde. La tactique de Koutouzov se distinguait par la décision, la souplesse et une large utilisation de la manoeuvre pendant les combats. Pendant la campagne de Russie Koutouzov fut obligé de reculer profondément, à cause de la grande puissance de l'armée de Napoléon. Celui-ci espérait une bataille générale, comptant sur ses forces supérieures pour détruire l'armée russe. Koutouzov opposait à ce plan de Napoléon une forme de lutte plus élaborée, unissant le système de batailles séparées, de manoeuvres, de défense active suivie d'une contre-offensive résolue suivant une intention stratégique unique. (1745-1813).]

Les envahisseurs allemands veulent une guerre d'extermination contre les peuples de l'URSS. Qu'à cela ne tienne, si les Allemands veulent une guerre d'extermination, ils l'auront. (Vifs applaudissements prolongés.)

Désormais notre tâche, la tâche des peuples de l'URSS, la tâche des combattants, des commandants et des travailleurs politiques de notre armée et de notre flotte, consistera à exterminer jusqu'au dernier tous les Allemands qui auront pénétré dans le territoire de notre Patrie en qualité d'envahisseurs. (Vifs applaudissements. Cris : « C'est juste ! Hourra ! »)

Pas de quartier pour les envahisseurs allemands !

Mort aux envahisseurs allemands ! (Vifs applaudissements.)

L'ECRASEMENT DES IMPERIALISTES ALLEMANDS ET DE LEURS ARMEES EST CERTAIN

Le fait seul que dans leur dégradation morale les envahisseurs allemands, ayant perdu toute face humaine, sont tombés depuis longtemps au rang de bêtes féroces, - ce fait seul dit qu'ils sont voués à une perte certaine.

Mais la perte certaine des envahisseurs hitlériens et de leurs armées n'est pas déterminée seulement par des facteurs d'ordre moral.

Il existe trois autres facteurs essentiels, dont la force s'accroît de jour en jour et qui doivent amener, dans un proche avenir, l'écrasement inévitable de l'impérialisme de brigandage hitlérien. (Applaudissements.)

C'est d'abord la fragilité de l'arrière européen de l'Allemagne impérialiste, la fragilité de l'« ordre nouveau » en Europe. Les envahisseurs allemands ont asservi les peuples du continent européen, de la France aux Pays baltes soviétiques, de la Norvège, du Danemark, de la Belgique, de la Hollande et de la Biélorussie soviétique aux Balkans et à l'Ukraine soviétique.

Ils leur ont ravi leurs libertés démocratiques élémentaires, le droit de disposer de leur sort; ils leur ont pris le blé, la viande, les matières premières ; ils en ont fait leurs esclaves ; ils ont crucifié les Polonais, les Tchèques, les Serbes et ont décidé que, ayant conquis la domination en Europe, ils peuvent désormais, sur cette base, asseoir la domination de l'Allemagne dans le monde. Cela s'appelle chez eux l'« ordre nouveau en Europe».

Mais quelle est cette « base », quel est cet « ordre nouveau » ?

Seuls les benêts hitlériens, qui sont en admiration devant eux-mêmes, ne voient pas que cet « ordre nouveau » en Europe et la fameuse « base » de cet ordre sont un volcan prêt à exploser à tout moment et à ensevelir le château de cartes des impérialistes allemands.

On invoque Napoléon, en assurant que Hitler agit comme lui et qu'il ressemble en toutes choses à Napoléon. Mais d'abord il ne faudrait pas oublier quel fut le sort de Napoléon.

En second lieu, Hitler ne ressemble pas plus à Napoléon qu'un petit chat ressemble à un lion (rires, applaudissements) ; car Napoléon combattit les forces de réaction en s'appuyant sur les forces de progrès, tandis que Hitler, au contraire, s'appuie sur les forces de réaction pour combattre les forces de progrès. Seuls les benêts hitlériens de Berlin ne peuvent comprendre que les peuples asservis d'Europe lutteront et se soulèveront contre la tyrannie hitlérienne.

Qui peut douter que l'URSS, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis n'apportent leur appui entier aux peuples d'Europe dans leur lutte libératrice contre la tyrannie hitlérienne ? (Applaudissements.)

C'est ensuite la fragilité de l'arrière des envahisseurs hitlériens en Allemagne.

Tant que les hitlériens s'occupaient de rassembler l'Allemagne, brisée en morceaux en vertu du traité de Versailles, ils pouvaient bénéficier de l'appui du peuple allemand qu'inspirait un idéal : le rétablissement de l'Allemagne.

Mais cette tâche une fois accomplie et les hitlériens engagés dans la voie de l'impérialisme, ayant entrepris de conquérir des terres d'autrui et de subjuguer d'autres peuples, - en faisant des peuples de l'Europe et de ceux de l'URSS les ennemis jurés de l'Allemagne actuelle, - un profond revirement s'est opéré dans le peuple allemand contre la continuation de la guerre, pour la liquidation de celle-ci.

Plus de deux années d'une guerre sanglante, dont on ne voit pas encore la fin; des millions de vies humaines sacrifiées ; la faim ; la misère ; les épidémies ; partout une atmosphère hostile aux Allemands ; la sotte politique de Hitler qui a fait des peuples de l'URSS les ennemis jurés de l'Allemagne actuelle : tout cela ne pouvait manquer de dresser le peuple allemand contre cette guerre inutile et ruineuse.

Seuls les benêts hitlériens ne peuvent comprendre que non seulement l'arrière européen, mais aussi l'arrière allemand des troupes allemandes est un volcan prêt à exploser et à ensevelir les aventuriers hitlériens.

Enfin la coalition de l'URSS, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis d'Amérique contre les impérialistes fascistes allemands. C'est un fait que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l'Union Soviétique ont formé un camp unique, qui s'assigne pour but d'écraser les impérialistes hitlériens et leurs armées d'invasion.

La guerre d'aujourd'hui est une guerre de moteurs. La gagnera qui aura une supériorité écrasante dans la fabrication des moteurs.

Si l'on réunit la fabrication des moteurs aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en URSS, nous aurons par rapport à l'Allemagne au moins trois fois plus de moteurs.

C'est là un des éléments de la débâcle certaine de l'impérialisme de brigandage hitlérien.

La récente conférence des trois Puissances à Moscou, à laquelle participèrent M. Beaverbrook, représentant de la Grande-Bretagne et M. Harriman, représentant les Etats-Unis, a décidé d'aider systématiquement notre pays en chars et en avions [Conférence tenue à Moscou du 29 septembre au 1er octobre 1941].

Comme on sait, nous recevons déjà, en vertu de cette décision, des chars et des avions. Un peu avant, la Grande-Bretagne s'est chargée de ravitailler notre pays en matières déficientes comme l'aluminium, le plomb, l'étain, le nickel, le caoutchouc.

Si l'on ajoute à cela que ces jours-ci les Etats-Unis ont décidé de consentir à l'Union Soviétique un emprunt d'un milliard de dollars [Le projet de loi « prêt-bail » (Lend and Lease Act) avait été déposé par le président Roosevelt devant le Congrès le 10 janvier 1941. La loi, promulguée le 11 mars 1941, autorisait le prêt et la location de matériel de guerre et autre aux nations qui concouraient à la défense des Etats-Unis. La loi, valable pour un an, fut reconduite jusqu'au lendemain de la capitulation de l'Allemagne nazie. Elle fut alors brutalement dénoncée par le successeur de F. Roosevelt à la présidence des Etats-Unis, H. Truman], on peut dire en toute certitude que la coalition des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'URSS est une chose réelle (vifs applaudissements) qui grandit et continuera de grandir au profit de notre oeuvre commune de libération.

Tels sont les facteurs qui déterminent la perte certaine de l'impérialisme fasciste allemand.

NOS TACHES

Lénine distinguait deux genres de guerres : les guerres de conquête et, par conséquent, injustes, et les guerres libératrices, les guerres justes.

Aucune ingérence dans les affaires intérieures des autres peuples !

Mais pour atteindre ces buts, il faut anéantir la puissance militaire des envahisseurs allemands, il faut exterminer jusqu'au dernier tous les envahisseurs allemands qui ont pénétré dans notre Patrie pour l'asservir. (Vifs applaudissements prolongés.)

Il faut pour cela que notre armée et notre flotte aient l'appui actif et efficace de tout notre pays; il faut que nos ouvriers et employés, hommes et femmes, travaillent dans les entreprises sans répit et fournissent au front toujours plus de chars, de fusils et pièces antichars, d'avions, de canons, de mortiers, de mitrailleuses, de fusils, de munitions ; il faut que nos kolkhoziens, hommes et femmes, travaillent dans leurs champs sans répit et fournissent au front et au pays toujours plus de blé, de viande, de matières premières pour l'industrie ; il faut que tout notre pays et tous les peuples de l'URSS forment un seul camp militaire, menant de pair avec notre armée et notre flotte la grande guerre libératrice pour l'honneur et la liberté de notre Patrie, pour l'écrasement des armées allemandes. (Vifs applaudissements.)

Là est notre tâche aujourd'hui.

Cette tâche nous pouvons et devons l'accomplir.

Ce n'est qu'après avoir accompli cette tâche et écrasé les envahisseurs allemands que nous pourrons obtenir une paix durable et juste.

Pour l'écrasement total des envahisseurs allemands ! (Vifs applaudissements.)

Pour l'affranchissement de tous les peuples opprimés qui gémissent sous le joug de la tyrannie hitlérienne ! (Vifs applaudissements.)

Vive l'amitié indestructible des peuples de l'Union Soviétique ! (Vifs applaudissements.)

Vive notre Armée et notre Flotte rouges ! (Vifs applaudissements.)

Vive notre glorieuse Patrie ! (Vifs applaudissements.)

Notre cause est juste, - nous vaincrons ! (Applaudissements en rafale. Toute la salle se lève. cclamations : «Au grand Staline, hourra ! Vive le camarade Staline ! » Longue ovation enthousiaste, on chante « l'Internationale ».)